Jules et Jim de François Truffaut (1962) : un film précurseur de l’individualisme post-moderne

Ce film adapté du roman éponyme de Henri-Pierre Roché en 1962 par François Truffaut est un film en avance sur son temps qui marque un renouveau du désir féminin. A l’époque de nombreux critiques avaient soulevé que le film de François Truffaut était un film relatant la seconde révolution sexuelle des femmes. Dans le même temps, François Truffaut expliquait que « Jules et Jim est un hymne à la vie et à la mort, une démonstration par la joie et la tristesse de l’impossibilité de toute combinaison amoureuse en dehors du couple ». La musique de Georges Delerue qui accompagne Le tourbillon met parfaitement en scène le thème de la dualité amoureuse et de la figuration des sentiments. A cette époque Jean-Luc Godard s’empare un avant la sortie de Jules et Jim de son héroïne, à savoir Catherine. Celle-ci est interprétée par Jeanne Moreau, certainement une vedette à l’époque. Elle se retrouve entre deux hommes, et ses sentiments qu’elle éprouve pour les deux amis vont les emporter irrésistiblement vers la mort après avoir vécu pleinement la vie. Ce film avait eu un véritable impact au temps de sa sortie. On voit même Jim expliquait une certaine vision du rôle de la femme, classique pour l’époque, mais parfaitement rétrograde aujourd’hui. En réalité, les moeurs ont tellement changé depuis 1962 que le film de Truffaut en est devenu désuet. Récemment, en regardant à nouveau Le mépris de Jean-Luc Godard, j’étais surpris de constater que le film n’avait pas vieilli. Pour cause, il décrivait un sentiment. Ici, le film prend le prétexte de ce trio amoureux pour relater les changements de moeurs de l’époque. Peut-on le dire, mais Jules et Jim est-il passé ?

I. La figure de Catherine, une héroïne individualiste qui résume à elle seule le vide de notre époque

Ce qui compte pour Catherine, c’est elle. Elle est belle, et elle crève l’écran, c’est exact.

Catherine

Elle est la figure structurelle du film, le pivot autour duquel tout le film repose. Le tourbillon de la vie tourne autour de son désir. Tantôt, le film est classique, statique, muet, l’époque désuète. Puis, soudain, elle arrive, elle parle, elle coupe la narration pour introduire une nouvelle vague.

D’abord, on la voit à bicyclette, puis en voiture, on la voit marcher, on la voit parler, on la voit aimer, puis elle en aime un autre, sans que cela nous choque autre mesure. Ce fameux tourbillon est en réalité une fausse désinvolture, un souffle esthétique étudié. Elle se comporte comme les gens beaux le font avec les gens moches, en leur faisant comprendre qu’ils ont de la chance d’être en leur compagnie.

Ensuite, elle se veut figure de l’amour libre, mais seulement. Ce qui est mis en scène, c’est une vision du monde contemporain qui allait surgir trente ans plus tard. Elle passe d’un amant à l’autre au gré de l’évolution de ses sentiments. Puis elle se fait quitter par Jim, car ils n’ont pas réussi à avoir d’enfants ensemble. On pourrait croire qu’il s’agit là d’une catharsis conservatrice, mais en réalité d’un comportement parfaitement actuel. Dans le monde post-contemporain tel qu’il était déjà décrit par Gilles Lipovetsky dans L’ère du vide (1983). Un monde vide où règne le plaisir du sentiment immédiat, sans donner la perspective du temps ou de l’histoire. Ce film donne à voir une femme qui ruine l’amitié masculine de deux amis pour la posséder, sans qu’elle ne leur donne jamais satisfaction, pour ensuite finir sans eux. On y voit le monde d’aujourd’hui où l’on quitte les personnes qui ne nous plaisent plus car les sentiments du moment le commande. Pourtant, les grandes oeuvres ne sont pas le fruit des contingences. Ce qui est vrai dans l’Histoire l’est aussi pour la vie. Construire, c’est se battre contre les sentiments contingents.

catherine

Catherine, c’est le monde post-contemporain à l’oeuvre. Avec elle son cortège de beauté esthétique, de figures mouvantes, de monde instable, de mort et de dérèglement des sentiments que l’on appelle révolution sexuelle.

II. La fin d’un monde : la dialectique de la vie et de la mort

On oublie souvent de regarder ce film comme une fresque décrivant un monde qui se meurt, et un autre qui naît. Le sentiment de modernité nous revient toujours, alors que l’écran déroule une longue tragédie entre la France et l’Allemagne. Deux hommes, de deux nationalités se battent pour une femme. Ce ton léger du tourbillon, c’est aussi le calme avant la tempête.

JJ

Il s’agit d’un moment de vérité entre deux guerres mondiales. Le corps calciné de Cathernine et Jim sont comme les charniers de l’horreur. Ce tourbillon qui emporte les nations par deux fois est un peu comme cet esprit que décrit Stefan Sweig dans Le monde d’hier. Souvenirs d’un européen (1941). Cet esprit cosmopolite dont parle Sweig dans ses souvenirs c’est un l’ambiance de Jules et Jim. Ce désastre dont il parle, c’est un peu la mort de nos protagonistes. Il y a quelque chose d’inéluctable dans ce film, et de misérable.

C’est un film qui ne rend pas triste, mais qui ne rend pas heureux. C’est un film sur la révolution sexuelle, mais seulement. Il s’agit d’une femme, Jeanne Moreau. D’une époque, celle de la mort d’une époque oisive. D’un certain ordre, celui de l’homme face à la femme. D’une vérité, celle de l’amour dévoilé. D’un rien romantique, en fait non. Sauf à voir la mort dans la vie.

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